Même pas peur! (12/2013)

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Un petit billet en ce matin d’hiver (bah oui même en Bretagne il gèle!) sur un sujet qui nous touche (ou nous a tous touché) un jour : la peur du cheval. Vous trouverez peu de cavaliers capables d’avouer que parfois (ou souvent) cette sensation indescriptible qui vous prend les tripes les déroute. La plupart ne savent même pas la reconnaître. Il est pourtant, à mon sens, indispensable d’être conscient des émotions qui nous traversent afin d’être le plus cohérent possible dans l’instant présent, prérequis indispensable à la pratique avec un équin .

Je prendrais la casquette (ou le bonnet ce matin!) de l’enseignant pour ces quelques lignes, mais soyez sûrs que je parle d’expérience et que j’ai moi même eu à gérer et transformer cette peur plus d’une fois (avec plus ou moins de succès). Il me semble indispensable de communiquer sur ce sujet tabou dans le milieu équestre car il bride bien des talents (humains ou équins).

Définissons d’abord ce terme :« La peur est une émotion ressentie généralement en présence ou dans la perspective d’un danger ou d’une menace. En d’autres termes, la peur est la capacité de reconnaître le danger et de le fuir ou de le combattre, également connue sous le terme « réponse combat-fuite ». » Wikipédia

Donc si nous décortiquions un peu tout cela…

1/ Émotion

Comment reconnaître cette peur? Elle s’exprimera de manière plus ou moins subtile de la crise de panique avec hurlements et liquéfaction lacrymale à un simple blocage de la respiration en passant par les « jambes molles », les mains moites ou cette fameuse boule au creux du ventre… Ou tout autre manière que notre cerveau jugera bon dans la situation X. Il nous appartient de savoir reconnaître ces signes avant toutes choses en tant que pratiquant et d’être vigilant en tant qu’enseignant.

2/ La présence d’un danger

Ce que nous ne connaissons pas nous fait peur, c’est un fait. Force est de constater, en fait, que peu de personne connaissent réellement les chevaux. Si si, j’assume cette phrase qui peut paraître des plus déplacée. Tant que nous aurons la croyance que nos chevaux un jour peuvent nous sauter à la gorge tel un loup sauvage pour assouvir un bas instinct animal, il y aura des cavaliers empreints de peur. Oui l’animal est gros (150 à 800kg), oui il a 4 armes redoutables (ses sabots) et oui il a une puissance dans la mâchoire supérieure à celle d’un chien de 1ère catégorie mais nous oublions juste de préciser qu’ils sont herbivores et qu’ils attaquent uniquement si plus aucune solution de fuite n’est possible. Les accidents arrivent donc suite à la non lecture des messages qui ont précédés. Je parle bien évidement d’individus qui n’ont pas atteints un stade de non retour dans la névrose au contact de l’humain.

3/ La perspective d’un danger

Après, il y a toutes les situations potentiellement dangereuses en lien avec la pratique de l’équitation. La peur qui revient le plus est la peur de tomber et se blesser. Il y a aussi la peur de perdre le contrôle de cet animal si puissant, la peur de lui faire mal, la peur de ne pas y arriver, la peur du regard des autres, …. la peur de la trouille! Toutes ces peurs connexes sont plus liées à notre propre développement personnel qu’à des caractéristiques propres à l’équin. Le cheval étant le plus grand psy (mettez la terminaison qui vous convient) de cette planète, je vous invite à les laisser vous amener à votre guérison.

4/ Combat / fuite

Ce sont les deux réponses possibles à cet état de peur. Je ne détaillerais pas 107 ans, chacun voit à quoi cela renvoie. Quelques exemples cependant : ne pas avoir le temps d’aller monter à cheval, les enfermer dans des carcans (enrênements, boxes, …), avoir des paroles très pleines de sens pour qui sait les écouter, …

Bref on est content avec tout cela mais quoi donc qu’est ce qu’on en fait??

Bah y’a deux options en fait : soit on détermine que nous n’avons pas besoin (ou la force) de côtoyer ces dangers au quotidien, soit on trouve une bonne âme pour vous accompagner. Là ça peut se corser car nous les enseignants nous ne sommes absolument pas formés à vous accompagner sur ce chemin. La plus grande partie ne vont pas voir votre peur (sont ils capables de voir les leurs?), souvent on se moquera de vous (super pédagogique !), d’autres vont perdre patience et vous forcer (pas plus efficace sur le long terme), d’autre, enfin, vont s’atteler à la tâche mais cela implique un long chemin personnel en amont. Il n’y a pas de recette miracle, chaque enseignant capable de gérer réellement la peur de l’autre à ses propres « techniques ». Une base commune est indispensable cependant : la capacité à se taire et à laisser (voir aider) l’autre à s’exprimer.

Je dédie ces quelques lignes à Maddie et Prune. Merci les filles!

Je vous souhaite un bon dimanche à tous!

Pola