L’ennui chez le cheval

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On entend souvent les cavaliers dire que le cheval s’ennuie, qu’il faut absolument qu’il travaille. Soit, pourquoi pas. Faisons un petit tour des différentes facettes de ce problème.

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Tout d’abord, que fait un cheval quand il n’y a pas d’humain pour le distraire?

Un cheval est une proie herbivore. C’est un animal social, marcheur.

Il passe environ 16h par jour à manger en marchant lentement, la tête basse. Par cette activité, il va se nourrir et le déplacement lent aide son métabolisme à fonctionner grâce au péristaltisme (sang, lymphe, contenu digestif, …). Le reste du temps est occupé principalement par des phases de sommeil (plus ou moins profond) et des échanges sociaux (grooming).

Il va pouvoir faire jusqu’à 50 kilomètres dans une journée si le point d’eau est éloigné du lieu de pâturage ou si la ressource alimentaire est rare. En moyenne, il fait une vingtaine de kilomètres.

De par son état de proie, le cheval laisse venir toutes les informations à lui (état de veille vigilante) et agit dans l’instant en fonction du besoin. Il n’est pas constamment à l’affût. On pourrait dire que c’est le roi de l’instant présent.

Le groupe stable est organisé autour des compétences de chaque individu et non pas selon une hiérarchie du plus fort au plus faible comme nous avons pu le croire durant très longtemps leur appliquant les schémas des groupes de carnivores étudiés (cf : étude récente). Nous pourrons trouver les veilleurs, les « nounous », les pisteurs de bons coins pour manger, …

Enfin surtout la grosse différence avec nous, humains, c’est que les chevaux s’organisent d’abord pour que le groupe soit stable (car un groupe stable est source de sécurité) et ensuite en fonction de leur besoin personnel. Ils ont une réelle fonction de coopération. Il savent être ensemble pour Être et non forcément pour faire.

Que nous soyons bien d’accord, je parle de groupe d’animaux féraux vivants sans limites d’espace.

A la lumière de ces quelques informations, envisageons deux cas de figure :

1/ Un cheval au box ou en paddock individuel

Le déplacement y est restreint tout comme les contacts sociaux. Les aliments, même donnés en quantités nécessaire sur le plan physiologique, sont soumis au contrôle de l’humain. L’animal ne pourra pas manger selon ses besoins réels. Enfin l’expression de ses compétences « personnelles » seront réduites au plus strict nécessaire (voir à néant). Il risque de développer des comportements plus ou moins dangereux pour lui (dépression, déambulation, tics divers, taper dans les murs ou la porte, agressivité, rester des heures entières à la porte du paddock …)

L’adjonction de jouets (ballon, objet à croquer, …) est une solution peu adaptée car le cheval dans la nature ne joue pas à l’âge adulte et encore moins avec des objets.

Il reste la séance de travail. Bien souvent elle se résume à une sortie d’environ une heure et demie (pansage / travail / soin) où l’on va demander au cheval de rester immobile à l’attache, de ne pas aller « embêter » ses petits voisins, de se plier dans tous les sens avec un cavalier sur le dos en faisant fi de ses éventuels blocages liés aux 23 heures d’immobilité précédentes. Sur une séance moyenne (détente 30 min et travail 30 minutes), le cheval va parcourir entre 2 et 5 kilomètres en fonction de la propension de son cavalier à discuter avec ses congénères à lui! On est loin du compte. Cependant, c’est un moindre mal si nous n’avons aucune autre solution.

3/ Un cheval au pré en groupe stable

Si l’espace est suffisant et que le groupe compte au minimum 4 individus (attention aux chiffres impairs), le cheval pourra exprimer tout ou partie de ces comportements biologiques. Il pourra marcher, manger, échanger avec ses congénères et exprimer ses compétences.

Cependant, il faut veiller à quelques points. Avoir une partie boisée dans leur espace de vie peut être intéressant car ils y trouveront à déambuler pour se mettre à l’abri des agressions extérieures (météo / insectes) et des essences différentes à grignoter au besoin (attention au plantes toxiques type if). Eviter les pâtures carrées « à vache » plantées de la même espèce sur toute la surface. Si vous n’avez que cela à disposition aménagez leur des petits couloirs pour circuler et si vous êtes chez vous pourquoi ne pas planter des choses au fur et à mesure pour varier les plaisirs? Essayez de toujours espacer le point d’eau, le point d’alimentation préféré (ou obligatoire en cas de round de foin l’hiver) et le point de repos au maximum pour les inviter à se déplacer (nous n’avons pas tous 500 hectares à disposition pour 6 chevaux! ^_^ ).

Ce mode de vie limite considérablement l’ennui chez le cheval et les interactions avec l’humain s’en trouvent souvent plus fluides…. De plus, le cavalier pourra faire ces séances quand il en a réellement envie et non tous les jours de manière un peu contrainte parfois (même le cavalier le plus assidu a parfois « la flem »). Je vous invite juste à veiller à garder votre animal en état de vous porter. Il est souvent délétère de ne faire qu’une séance par quinzaine sous prétexte de ne pas en faire trop car l’animal n’aura pas la capacité physique nécessaire.

Pour ceux qui, pour des raisons diverses (passés houleux, problèmes physiques, âge, …) ne peuvent ou ne veulent pas travailler : pas de panique! Observez les… S’ils sont calmes, qu’ils se déplacent sur toute la surface, qu’ils ne campent pas à la porte, qu’ils ne cassent pas les clôtures, etc, si les manipulations du quotidien restent faciles (animaux qui viennent au contact mais ne sont pas envahissant), si les échanges intra et inter espèces sont fluides c’est que tout va bien car non…. ils n’ont pas absolument besoin de nous pour s’occuper quand leurs conditions de vie sont adaptées.

Quant à savoir quoi faire avec quel cheval… Il n’y a pas de réponses toutes faites. Tout dépend des conditions de vie, du cheval, du cavalier et les choses évoluent au fil du temps. La seule chose raisonnable à faire est d’écouter son intuition, son cheval, d’aviser, comme eux, à chaque instant et de ne pas se laisser culpabiliser par les autres (qui savent toujours mieux que vous ce qui est bon pour vous)!

Sur ce, je vous souhaite un bel été et beaucoup de beaux moments équestres ou équins.