Être dans le temps du cheval

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Je rencontre beaucoup de personne qui me pose cette question lors des communications vibratoires qui me sont demandées« qu’est ce que mon cheval veut faire avec moi ? », « Quelles sont ses activités préférées ? », «  Comment être sûre qu’il va être ok pour faire des choses avec moi (sous entendu de l’équitation) » ? etc etc.

Invariablement la réponse du cheval est : « Moi j’aimerais bien déjà qu’elle soit AVEC moi », « tout ceci se sont des histoires d’humains moi je veux bien tout du moment que je peux et je comprends et pour le moment mon humain est incompréhensible » ou « vous me faites rire vous les humains avec votre « faire des choses »… apprenez donc déjà à Être vous même et cohérents et on verra » etc etc ou ils me montrent des choses qui n’ont rien à voir avec l’équitation et souvent ça pique un peu l’humain qui a posé la question.

Il est en effet une chose (une… je me marre non pas qu’une en fait) que l’on apprend pas en centre équestre, et pour cause pour se le voir enseigner il faudrait déjà que nos enseignants maîtrisent le sujet, c’est la Présence et entrer dans le temps du cheval.

Dans notre monde où plus personne n’a le temps de rien, où l’on court après le temps, où tout est chronométré, organisé à la minute près parce que le temps c’est de l’argent. (En lien un reportage ARTE intéressant sur le sujet)

Généralement on arrive et on aspire notre cheval dans notre espace temps. On ne lui demande pas s’il veut être en interaction… Non : ON ARRIVE ET ON PREND…

D’ailleurs les expressions « va prendre ton cheval » ou « quel cheval je prends ajd ? » sont significatives à mon sens…. Bref

Votre cheval vit en moyenne 22h par jour sans vous et gère son temps libre comme il peut. Alors il y a ceux qui vivent au box ou dans des paddocks de 1000m² sur leurs excréments, sans contact, sans mouvement et sans fibres… ceux ci peuvent être contents de vous voir arriver en effet… Comme on est content de voir arriver son avocat commis d’office au parloir d’une prison supermax.

Et puis il y a ceux qui ont la chance d’avoir une vie sociale, nourrit à la fibre toute la journée et libres de leur mouvement (quand ils ne sont pas emballés dans des couvertures mal taillées). Ils nous attendent moins eux.

Donc disais je, on arrive et on prend de manière plus ou moins délicate et attentionnée. Rares sont les cavaliers qui prennent le temps de se mettre en Présence, ici et maintenant pour écouter réellement les besoins de leur cheval.

Il faut le monter, il faut le longer, il faut le préparer pour les jeux équestres mondiaux du challengeduboutdlarue, il faut lui faire ses soins, il faut qu’il apprenne, il faut que j’apprenne, il faut, il faut, il faut… Tout ceci peut être bercé de méthodes « douces », de techniques spéciales, etc etc. Il n’en reste pas moins que l’on arrive et on prend !

La relation interindividuelle ce n’est pas cela à mon sens. La relation est l’apanage des espèces sociales. C’est entrer en communion, en communication avec l’autre. Communiquer ce n’est pas uniquement soliloquer. Communiquer c’est poser des questions et écouter les réponses sans chercher forcément à rétorquer. Communiquer c’est accueillir l’autre dans ce qu’il EST à l’instant. Communiquer c’est être avant toute chose présent à ses besoins et à ses émotions même celles que la société considère comme puantes comme la colère, la frustration, l’envie etc etc. La relation d’amour ne peut exister que sur une base de respect mutuel.
Vous pouvez parfaitement choisir d’entrer en relation de dominance, de subordination, de dépendance affective avec votre cheval… mais il ne faudra pas venir vous plaindre quand les choses prendront une tournure violente, boiteuse, maladive etc etc.

Vous pouvez aussi choisir d’ignorer les appels de vos chevaux à apprendre à être en relation (on a toujours le choix) mais il ne faudra pas vous étonner de collectionner les boiteux. Et je parle d’expérience croyez moi.

Bon c’est bien tout ça mais on fait comment ?

On commence par sentir ce qui se passe en nous sans se voiler la face, puis on pose la charge mentale (les gosses, les dettes, la fin du monde, le chéri relou, le projet pro qui part en sucette ….) et…. ON S’ARRÊTE UN INSTANT…. Plus ou moins long selon d’où vous partez niveau charge mentale ^_^



Et si vous êtes incapables de faire cela seul, vous cherchez et vous demandez de l’aide aux – trop rares – enseignants qui peuvent vous accompagner sur le sujet (ça arrive même à des gens bien, j’ai eu besoin d’aide au départ moi aussi). Et on range son petit Ego qui marmonne « ça fait 30 ans que je suis dans les bourricots c’est pas une gamine de 20 ans qui va m’apprendre ça »… car quand on ne sait pas on dit peut être et on peut toujours être surpris.

Bref on est arrêté, on est là, on est bien, on est avec lui (Pinpin des landes pas le banquier qui insiste pour vous parler au téléphone) parce que qu’on en a vraiment envie. On a lâché les attentes de séances, de résultats, d’objectifs, etc etc… Toutes ces limitations vous pouvez vous les poser mais pas quand vous êtes en relation avec votre cheval.

Depuis combien de temps n’avez vous pas senti son odeur ? Son doux fumet 1/4 crottin, 1/4 foin, 1/4 transpi 1/4 licorne… ne l’avez vous pas regardé dans les yeux réellement au plus profond de son âme ? Oui je sais bien faire cela implique d’encaisser de lire la détresse, la souffrance ou l’ennui dans bien des regards.

Votre cheval ne vous doit rien.

Non non , il ne vous doit rien même si vous lui payez une pension à 500 boules tous les mois, même si vous avez mis le prix d’une bagnole d’occas’ dans ses soins depuis 6 mois, même si vous attendez de grimper sur son dos depuis 5 ans….

Il ne vous doit rien car il est un être vivant et que, contrairement aux croyances bien ancrées dans notre société issue des Lumières et du capitalisme, le vivant n’est pas une marchandise. La relation n’est pas à vendre.

Le meilleur moyen de savoir où en est votre relation avec votre cheval est d’imaginer un instant que demain il ne soit plus montable et ce pour 10 ou 15 ans à venir. Quelle est votre émotion qui vient instantanément ?

Si je dois conclure rapidement, le fait de prendre le temps d’entrer dans le temps du cheval peut paraître une perte de temps pour beaucoup d’entre vous surtout que pour certain(e)s désamorcer contrôle, blessure narcissique, ingérence émotionnelle, … prend du temps (qui peut être partagé entre votre cheval et un accompagnant extérieur).

Roooh cette histoire de temps… Ô temps, suspends ton vol…

Cependant je n’ai jamais rencontré de cheval qui restait indifférent à cela. Ce n’est pas une technique de plus, un truc de plus… C’est une politesse relationnelle qui peut s’appliquer à toute relation non spéciste, non soumise à la dominance ou au leadership. C’est une base qui permet d’évoluer sainement par la suite quelque soit l’orientation choisie.

Et oui les copines éducatrices canins ça peut se transposer aux chiens,

aux chats, aux cochons d’indes et même aux autres bipèdes…

Bref il va sans dire encore une fois que tout ce que je raconte n’engage que moi, que ceci est un texte de vulgarisation et de généralisation donc qu’il a pour vocation à pousser à la réflexion plus qu’autre chose. Je suis aussi parfaitement consciente que certain(e)s d’entre vous font ça déjà très bien ou que d’autres s’en tamponnent comme de leur première couche 🙂 Bref si ça vous a plu et si ça vous a parlé, je vous invite à partager l’info et pour les autres :

Ah ciao, bon dimanche !

Aurélia