« Le cheval c’est trop génial! » … Oui mais pour qui? (2013)

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Hier, j’ai lu un papier écrit par « Maître » (le maso qui a accepté de me former d’un point de vue technique) et cela a entraîné une petite réflexion de ma part… si si une blonde ça pense (des fois!). En tant qu’enseignante d’équitation en structure fédérale et indépendante, énergéticienne et coach, j’ai une vision un peu panoramique des personnes côtoyant les chevaux. Je ne considérerai ici que ceux qui se posent des questions autres que « ‘tin le fumier, pourquoi il m’a encore fait 4 pts qu’on la gagne encore pas cette GP 1256482? ».
Nous connaissons tous le slogan 100% « markéting, par ici la monnaie » (qui ferait pleurer certains pro de la com’ alternative que je connais) :
« Le cheval c’est trop génial!! »
Certes si vous le dites! C’est « trop génial » pour qui? Les cavaliers – clients? Les enseignants? Les équidés?

Bon je tiens à préciser que l’équitation « Latouffe beuverie » (ou assimilée pour les « grands) pour la majeure partie de ses pratiquants ne fait pas partie de mon univers.

Pour moi l’équitation est une activité dans laquelle on essaie d’employer au maximum les compétences naturelles de nos équins dans le respect de leur intégrité physique et mentale.

Je reste intimement convaincue que les extrêmes, dans un sens comme dans l’autre, ne sont pas de l’équitation. La brutalité à outrance et la recherche du gain compétitif coûte que coûte s’assimile à un massacre des innocents. Pour ceux qui se situent à l’autre bout de l’échelle (ce qui pour moi est quand même moins pire je l’avoue), je les invite soit à ne pas avoir de chevaux soit à les laisser dans de grandes pâtures en groupe et à ne pas les toucher. Je peux parfaitement entendre que l’équitation est tout sauf naturelle (contrairement à ce que certaines appellations essaient de nous faire croire).

Je ne m’étendrais pas, donc, sur la nécessité pour chacun d’effectuer un examen de conscience et d’appliquer les dispositions en accord avec ses besoins personnels.

Entre les deux, il y a ceux qui souhaitent avoir une activité avec les chevaux (montée ou à pied) et c’est là que ça commence à être tendu car la première chose qui nous tombe dans les pattes c’est l’équitation fédérale. Dans la réalité, qu’implique t’elle?

  • Pour les cavaliers-clients :

Quand on arrive au club, on prend une adhésion (après parfois quelques séances d’essais), une carte de cours, on nous intègre dans un groupe de « niveau » et roule ma poule! 9 fois sur 10, on ne vous a pas demandé quels étaient vos besoins, vos attentes, vos objectifs. On part du principe que vous voulez passer vos Galops (marque déposée) et faire du concours. Pour ce faire, vous vous retrouvez à 6 cavaliers (en moyenne), sur des chevaux/poneys moyennement voir pas dressés (je ne vous parle pas de l’état physique) sur lesquels vous allez passer environ 30 minutes (sur 60) à lutter contre des défenses (l’apathie en étant une aussi à ce niveau). Vous descendez avec l’impression d’un manque léger… un manque certes… mais de quoi? Pour les petits, c’est différent car on a, ôhhh bonheur, la pédagogie ludique….

  • Pour les enseignants :

Bon souvent c’est moins pire parce qu’ils sont formés et formatés depuis la sortie du centre de formation, où dans chaque promo on voit ceux qui sont dans le moule et les autres… Pour les autres, il y a encore des options. Pour ceux qui en ont les moyens, ils ouvriront leur structure avec leurs règles. Pour ceux qui n’en ont pas les moyens, il reste des postes chez Leclerc ou Dentressangle ou dans le centre équestre du coin où ils vont tenter de faire « le moins pire » possible. Combien vont se retrouver en dehors des heures d’enseignement à faire le boulot d’un soigneur ou d’une secrétaire au lieu… de former leurs compagnons de labeur? Vous allez me dire « oui mais il y a une réalité économique » certes… mais le fait que le monde marche sur la tête n’empêche pas de le dire.

  • Pour les chevaux :

Bah bien souvent c’est marche ou crève! J’exagère certes car il y a de plus en plus de structures qui offrent à leurs animaux un coup de dentiste et d’ostéo quand c’est nécessaire. Là encore on met des pansements sur une jambe de bois. Si les animaux étaient bien dans leurs pieds, avaient du matériel adapté à leur morphologie, vivaient dans des conditions autres que carcérales en dehors des heures de boulot en fait on aurait moins besoin des vétos, ostéos et autres soignants. Ajoutez à cela des animaux qui ne sont absolument pas adaptés pour l’enseignement de part leurs particularités physiques ou émotionnelles et vous avez un cocktail détonant.

Une fois qu’on a considéré tout cela on se dit « ouais alors on fait quoi? On arrête de monter à cheval? Comment trouver des solutions alternatives? »

En réaction à cet état de fait de plus en plus de personnes, une fois l’âge atteint et les possibilités financières au point, achètent un cheval. Comme les bourses sont serrées, ils achètent bien souvent des animaux inadaptés soit au service destiné (de par la race, la morphologie ou l’état de handicap plus ou moins avancé), soit au niveau du cavalier et on se retrouve avec des couples dangereux pour eux même en « liberté » sur les chemins le dimanche. Soyons clair, ce n’est pas une généralité et tous les propriétaires indépendants ne sont pas des dangers ambulants mais on en croise certains qui font peur.

Ceux qui se rendent compte que ça part un peu en bidouille, cherchent un professionnel pour les encadrer (c’est déjà ça) et là on tombe soit de nouveau dans l’esprit club soit sur des indépendants plus ou moins compétents et c’est un drame pour les disciplines ou courants concernés.

Bref, encore une fois, mon but est de faire un état des lieux. Il est évident que ça ne se passe pas partout comme ça mais je pense que beaucoup des lecteurs de ces quelques lignes y verront l’exposé d’une expérience passée ou en cours. Une nouvelle fois, il convient de rappeler que chacun est responsable de ses choix, libre de décider ce qui est bon pour lui ou pas et en accord ou pas avec ses besoins fondamentaux (encore faut il être capable de les définir).

Une petite touche d’espoir quand même, je reste intimement convaincue que le sommet ne bougera que si la base bouge. La FFE a récemment changé les programmes des Galops face à la montée de l’équitation dite comportementale. Une enquête menée par l’IFCE circule en ce moment pour étudier les critères de bien être du cheval… Comme pour pas mal de chose dans notre société actuelle, ce n’est pas par le vote que nous avons droit de parole mais en tenant les décideurs par les c****** de leur portefeuille! Une nouvelle fois, je vous invite à réfléchir et à consommer…. autrement. 😉